Donation de son vivant : abattements, frais et choix

Maître Audrey Merle du Bourg

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Une donation de son vivant transmet immédiatement un bien ou une somme à un bénéficiaire qui l’accepte. Les formalités et la fiscalité dépendent du bien, du lien familial et des donations antérieures. Avant de donner, il faut préserver ses ressources, examiner les droits des proches et choisir la forme adaptée. À lire aussi : règles des dons.

En bref

  • On distingue notamment la donation simple, la donation-partage et la donation entre époux. ↗
  • Les frais dépendent du bien, de la forme de donation et des bénéficiaires. ↗
  • Anticiper permet de comparer les abattements, une éventuelle réserve d’usufruit et les besoins des bénéficiaires. ↗
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Quels sont les 3 types de donation ?

On distingue notamment la donation simple, la donation-partage et la donation entre époux. Cette présentation ne couvre pas toutes les formes : un don manuel, par exemple, répond à d’autres modalités. Chaque solution doit être choisie selon les biens, les bénéficiaires, les droits conservés et les effets recherchés pendant la vie du donateur ou à son décès.

À ces trois s’ajoute le don manuel, qui n’exige aucun acte et se traite sur la page règles du don remis directement — mais qui reste juridiquement une donation, avec les mêmes conséquences au décès.

La distinction qui compte n’est pas de vocabulaire. Une donation simple sera réévaluée au décès, une donation-partage non. C’est ce que détaille la page partage anticipé par donation, et cela peut provoquer un conflit entre frères et sœurs.

Quels sont les frais pour une donation de son vivant ?

Les frais dépendent du bien, de la forme de donation et des bénéficiaires. Un acte notarié entraîne des émoluments et des formalités ; un immeuble ajoute notamment des frais de publicité foncière. Les droits fiscaux se calculent séparément après les abattements disponibles. Une exonération d’impôt ne signifie donc pas nécessairement une opération sans frais.

Bénéficiaire Abattement
Enfant (par parent) 100 000 €
Petit-enfant 31 865 €
Arrière-petit-enfant 5 310 €
Conjoint ou partenaire de PACS 80 724 €
Frère ou sœur 15 932 €
Neveu ou nièce 7 967 €
Personne remplissant les conditions de l’abattement pour handicap 159 325 €, cumulable sous conditions
Autre bénéficiaire aucun

Ces montants sont ceux des articles 779, 790 B, 790 D, 790 E et 790 F du Code général des impôts, en vigueur au 1er janvier 2026.

Les donations des quinze années précédentes peuvent réduire l’abattement disponible. Une projection doit tenir compte des dons réellement effectués et de la législation à chaque transmission. Donner plusieurs fois peut modifier la fiscalité, mais il faut conserver de quoi financer sa vie et d’éventuels besoins d’aide ; un second cycle de quinze ans n’est jamais assuré.

Ces montants ne changent que si une loi de finances les modifie : c’est le barème en vigueur au jour de la donation qui s’applique, et il se vérifie à cette date.

Comment faire une donation à ses enfants pour éviter les frais de succession ?

Anticiper permet de comparer les abattements, une éventuelle réserve d’usufruit et les besoins des bénéficiaires. Cela ne garantit pas une absence de droits futurs ni des frais inférieurs. Une donation entraîne un dessaisissement : le budget conservé pour vivre et financer une dépendance éventuelle doit rester au centre du choix.

Le premier levier est le calendrier : chaque cycle de quinze ans rouvre 100 000 € par parent et par enfant. Le deuxième est le démembrement : donner la nue-propriété fait porter l’impôt sur une fraction seulement de la valeur. Le troisième est la prise en charge des frais par le donateur, qui transmet davantage sans que ce supplément soit taxé — le mécanisme est détaillé sur la page coût des actes de donation.

Une précision de vocabulaire, parce que la question la contient : les « frais de succession » que l’on cherche à éviter sont un impôt, pas les honoraires du notaire. Donner ne supprime pas les frais d’acte, cela réduit l’assiette taxable.

Donation au dernier vivant : protéger le conjoint

C’est l’acte qui augmente les droits du conjoint survivant. Sans lui, celui-ci reçoit ce que la loi lui accorde : en présence d’enfants communs, le choix entre un quart en pleine propriété et la totalité en usufruit. En présence d’enfants d’un autre lit, ce choix disparaît.

La donation au dernier vivant ouvre une option entre trois quotités, que le survivant exercera au décès en connaissance de la situation réelle : la totalité en usufruit, un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit, ou la quotité disponible en pleine propriété.

Trois caractéristiques en font un acte à part. Elle ne transmet rien aujourd’hui : le donateur reste propriétaire de tout. Son coût ne dépend pas du patrimoine, puisqu’elle relève d’un émolument fixe. Et elle est révocable à tout moment, sans que le conjoint ait à en être informé — ce qui la distingue de toutes les autres donations. Le divorce emporte en principe sa révocation, sauf maintien dans les conditions légales.

Pour un couple pacsé ou en concubinage, cet acte n’existe pas : le partenaire n’étant pas héritier, c’est un préparer ses volontés avec le notaire qu’il faut.

Donation de son vivant : le barème de l’usufruit

Quand on donne la nue-propriété en conservant l’usufruit, l’impôt ne porte que sur la nue-propriété. Sa valeur est fixée forfaitairement par l’article 669 du Code général des impôts, en fonction du seul âge du donateur au jour de l’acte.

Âge du donateur Usufruit Nue-propriété
moins de 21 ans 90 % 10 %
de 21 à 30 ans 80 % 20 %
de 31 à 40 ans 70 % 30 %
de 41 à 50 ans 60 % 40 %
de 51 à 60 ans 50 % 50 %
de 61 à 70 ans 40 % 60 %
de 71 à 80 ans 30 % 70 %
de 81 à 90 ans 20 % 80 %
91 ans et plus 10 % 90 %

Le barème avance par paliers de dix ans, ce qui produit un effet de seuil considérable : un donateur de 70 ans transmet une nue-propriété valorisée à 60 % ; le même donateur, le jour de ses 71 ans, la transmet à 70 %. Sur un bien de 300 000 €, la différence d’assiette atteint 30 000 €. C’est l’un des rares cas où la date d’un rendez-vous change réellement le montant d’un impôt.

Donation de son vivant : quoi donner, et à qui

Trois questions se posent dans cet ordre : que peut-on donner, sous quelle forme, et à quel bénéficiaire. Les trois ont des réponses différentes selon qu’il s’agit d’argent, d’un immeuble ou de parts.

Donner de l’argent

Une somme d’argent peut se transmettre de trois façons cumulables. Dans tous les cas, la déclaration se fait auprès de l’administration fiscale, et c’est elle qui fait courir le délai de quinze ans.

Le don familial de somme d’argent, article 790 G du Code général des impôts : 31 865 € exonérés, tous les quinze ans, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et le bénéficiaire majeur ou émancipé, dans les liens familiaux prévus par le texte. Il vise les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, ou à défaut les neveux et nièces. Il se cumule avec l’abattement ordinaire.

Le don manuel ordinaire, qui consomme l’abattement de droit commun et se déclare de la même façon.

Le dispositif temporaire pour le logement neuf ou la rénovation énergétique : jusqu’à 100 000 € par donateur et 300 000 € par bénéficiaire, pour les dons affectés dans les six mois à l’acquisition d’un logement neuf destiné à la résidence principale ou à des travaux de rénovation énergétique. Prévu par l’article 790 A bis du Code général des impôts issu de la loi de finances pour 2025, il concerne les dons consentis jusqu’au 31 décembre 2026. Le logement doit ensuite être conservé cinq ans, en résidence principale ou en location à usage d’habitation principale.

Un don non déclaré n’est pas effacé par le temps : il devient taxable au jour où il est révélé, y compris au règlement de la succession.

Donner un bien immobilier

Une donation immobilière exige toujours un acte notarié : c’est une condition de validité, pas une formalité. Un immeuble ne peut pas faire l’objet d’un don manuel.

L’acte publie le transfert au service de la publicité foncière, ce qui rend la donation opposable à tous. S’y ajoutent une taxe de publicité foncière et les émoluments correspondants.

Donner sa maison tout en continuant d’y vivre est la situation la plus fréquente : elle se réalise par une donation de la nue-propriété avec réserve d’usufruit. Trois clauses méritent d’être prévues dès l’acte, faute de quoi elles deviendront des sujets de conflit : la répartition des travaux entre usufruitier et nu-propriétaire, le sort du prix en cas de vente ultérieure, et le droit de retour qui fait revenir le bien au donateur si le donataire décède avant lui. Le détail des clauses figure sur la page rédaction authentique d’une donation.

À qui peut-on donner

Le bénéficiaire peut être un proche ou un tiers, sous réserve de sa capacité à recevoir et des interdictions particulières prévues par la loi. La réserve héréditaire limite la part pouvant être attribuée au détriment des héritiers réservataires. Une donation excessive peut faire l’objet d’une action en réduction après le décès.

Aux petits-enfants : 31 865 € d’abattement, cumulable avec le don familial. C’est la façon la plus efficace de sauter une génération. À ses parents : la donation ascendante existe, avec 100 000 € d’abattement — rare, mais utile quand un parent âgé manque de liquidités. À un frère ou une sœur : 15 932 €, puis 35 % jusqu’à 24 430 € et 45 % au-delà. À un tiers — ami, filleul, concubin : aucun abattement ordinaire en donation, et un taux de 60 %. C’est le point où une transmission mal préparée coûte le plus cher.

Est-il judicieux de faire une donation de son vivant ?

Donner de son vivant peut faciliter une transmission ou soutenir un proche, mais ce choix engage durablement le donateur. Il faut conserver des ressources suffisantes, respecter la réserve héréditaire et comparer les conséquences civiles et fiscales. Une donation ne se reprend pas librement ; l’existence d’un abattement ne suffit pas à justifier l’opération.

Avant de retenir une date, préparez aussi un budget après transmission : revenus disponibles, logement, charges du bien conservées et dépenses prévisibles. Présentez ce budget avec les actes de donation antérieurs. Le choix de donner doit rester compatible avec vos besoins futurs, même lorsque les conditions fiscales paraissent favorables.

L’irrévocabilité. Le droit prévoit des exceptions — ingratitude, inexécution des charges, survenance d’enfant si l’acte l’a prévu — mais elles sont étroites et judiciaires.

Le dessaisissement. Donner appauvrit. Un donateur qui aura besoin du capital dans dix ans se retrouve sans recours, sauf à avoir conservé l’usufruit ou prévu une rente.

L’âge et les besoins futurs. L’exonération familiale de l’article 790 G suppose notamment un donateur de moins de 80 ans. Le barème d’un usufruit viager évolue par tranches d’âge. Ces règles doivent être mises en regard de la santé, des revenus et du patrimoine conservé ; elles ne justifient pas à elles seules de précipiter une donation.

Salle de signature de l’office : table ronde, chaises et écran mural
La salle de signature de l’office Merle du Bourg, 22 rue des Maillets.

Donation de son vivant : l’accompagnement de l’office

Les avis publics de l’office portent sur plusieurs types de dossiers. Ils ne constituent pas des témoignages spécifiques à cette démarche. La fiche Google affichait 4,9/5 pour 76 avis lors du relevé du 27 septembre 2026 ; ces chiffres peuvent évoluer.

« font preuve d’une grande gentillesse et de compréhension. »

Extrait de l’avis public de Christelle Louveau, 5/5, concernant notamment une vente et une succession. Visite indiquée : octobre 2024.

Consulter les avis sur la fiche Google de l’étude. Le premier échange sert à préciser votre situation et les pièces utiles ; un avis ne préjuge pas du résultat de votre dossier.

Donation de son vivant : questions fréquentes

Quels sont les frais pour une donation de 100 000 € ?

De l’ordre de 860 € TTC d’émoluments pour une somme d’argent donnée par acte notarié, auxquels s’ajoutent les débours. Aucun droit de donation si l’abattement de 100 000 € en ligne directe n’a pas été consommé dans les quinze dernières années.

Précisions complémentaires : comment faire une donation à ses enfants pour éviter les frais de succession ?

En donnant tôt, par tranches de quinze ans, et en nue-propriété plutôt qu’en pleine propriété. Les trois leviers se cumulent et relèvent du droit commun : aucun montage n’est nécessaire.

Précisions complémentaires : est-il judicieux de faire une donation de son vivant ?

Oui lorsque le patrimoine excède ce dont on aura besoin, et que l’on veut décider soi-même de la répartition. Non si le capital peut manquer plus tard : la donation est irrévocable, et une réserve d’usufruit ne garantit pas de disposer d’un capital suffisant plus tard.

Sources et vérification

Page mise à jour le 28 septembre 2026. Les exemples illustrent les hypothèses indiquées ; les pièces, clauses et frais sont à confirmer pour votre dossier.